CESER du 1er Décembre 2025
Carte des formations
Intervention de Ronan Oillic (FSU)
Dans le document qui nous est remis pour expliquer les évolutions de la carte des formations la région rappelle la « perspective d’une baisse de 15 % », du nombre de lycéen·ne·s à horizon 2040 ». Ce constat est à peine nuancé par le rappel que la voie professionnelle bénéfice ces dernières années d’une dynamique favorable. Il est pourtant utile de rappeler quelques données chiffrées : +202 en 2023, +647 en 2024, +216 en 2025, l’augmentation du nombre d’élèves dans les lycées professionnels publics a été importante. Malheureusement cette progression s’est faite sans amélioration de l’offre de formation, le dogme « une fermeture pour chaque ouverture » s’étant révélé comme la seule boussole dans les prises de décisions.
Rappelons que cette hausse serait beaucoup plus importante si l’ensemble des demandes des élèves aboutissait. Les élèves de CAP ont théoriquement le droit de poursuivre leur parcours de formation en première Bac Pro, mais cela se révèle extrêmement difficile faute de places. Ainsi, le taux de satisfaction pour avoir une place en 1ʳᵉ n’est que de 59,3 % au niveau régional et il tombe à 43,8 % dans le 35, département où l’excuse d’une éventuelle baisse démographique pour ne pas ouvrir de formation n’est absolument pas tenable. Le taux de satisfaction de réorientation suite à une seconde GT vers la voie professionnelle est également bas, moins de 60 % pour la région et seulement 36 % pour l’Ille et Vilaine.
Pourtant la carte des formations proposée pour les prochaines années est élaborée suivant la même logique que les précédentes.
Sur la méthode, nous avions entendu que les fermetures de section seraient discutées avec les établissements concernés. Pourtant, la fermeture du BTS Support à l’action managériale du lycée Brequigny a été annoncé, sans discussion préalable, le 06 novembre au proviseur et le 13 novembre aux équipes concernées pour un CREFOP ayant lieu le 17 novembre. Concernant la fermeture du Bac Pro Technicien Géomètre Topographe à Brest, le chef d’établissement a été mis devant le fait accompli le jeudi 13 novembre, non pas par le rectorat ou la région, mais par la Directrice Académique des Services de l’Éducation nationale du Finistère. Pour le Bac Pro AGORA (assistance à la gestion des organisations et de leurs activités) de Lamballe, c’est même après la tenue du CREFOP que les enseignants ont été informés. Aucun des conseils d’administration de ces établissements n’ayant pu se tenir entre l’annonce aux proviseurs et la tenue du CREFOP, c’est dans la presse que les parents d’élèves auront pris connaissance des décisions de fermetures. La FSU tient à rappeler que pour que la communauté éducative ait confiance dans les institutions, il est important qu’il y ait un dialogue
Sur le fond, ces décisions sont totalement incompréhensibles. Où trouver la logique démographique dans la fermeture du BTS du lycée Brequigny, alors que 35 élèves y sont inscrit·e·s pour une capacité de 30 ? Pourtant en juin 2025 le nombre de demande de poursuite d’étude pour les bacheliers professionnels vers le BTS a augmenté de 10 % en Bretagne.
Comment peut-on prétendre qu’il y ait eu une concertation avec les milieux professionnels alors que le Conseil régional de l’Ordre des Géomètres-Experts, a écrit son opposition à la fermeture du Bac Pro Technicien Géomètre Topographe du lycée Dupuy de Lôme de Brest. Il n’est sans doute pas inutile de préciser que ce Bac Pro a fait le plein d’effectif cette année.
Comment comprendre la logique d’aménagement du territoire lorsque l’on ferme un Bac Pro à Lamballe sans rien ouvrir dans ce lycée alors que 19 élèves étaient inscrit·e·s pour seulement 18 places ? Ici la logique de transformation décrite dans le document présenté se traduit par une fermeture sèche, sans aucune perspective. C’est exactement le même processus que pour le lycée Marcellin Berthelot de Questembert, qui a vu en 2025 son Bac Pro AGORA fermé, mais auquel il avait été promis des formations plus attractives pour compenser et ne pas fragiliser l’établissement. Pourtant sa candidature pour le BTS Services Informatiques aux organisations n’a pas été retenue. Surtout, aucune ouverture n’est prévue, alors même que la cour des comptes dans son rapport sur la politique en faveur des lycées notait qu’il faut « soutenir l’action de l’équipe de direction du lycée… pour inciter les familles à poursuivre le cycle d’enseignement dans le secteur public et limiter les départs vers le secteur privé ».
Et cela nous amène à un autre point de désaccord profond pour la FSU avec l’évolution de la carte des formations professionnelles initiales sous statut scolaire qui est proposée pour les années à venir. Il est écrit qu’il faut « tendre vers la construction d’une offre de formation articulée avec elle des établissements privés sous contrat ». Comme le rappelle la cour des comptes dans le rapport précédemment cité, il y a concurrence et non pas complémentarité entre les deux réseaux scolaires. Nul doute qu’avec la baisse de la démographie lycéenne cette concurrence sera exacerbée. Mais à l’heure où l’enseignement catholique dans son « pacte éducatif régional pour la Bretagne » cite la bible et s’engage « à penser et faire évoluer la carte des formations en fonction de son projet chrétien », où le nouveau secrétaire général de l’enseignement catholique revendique le « droit à une enseignante de faire une prière le matin avec ses élèves, parce que c’est le cœur du projet », la FSU tient à rappeler que la république française est une république laïque et que tous les jeunes ont le droit de suivre la formation de leur choix sans se voir imposer un projet religieux.
Ainsi dans la filière environnementale citée comme un domaine prioritaire, la FSU ne peut se satisfaire que l’ouverture en 2025 du bac pro Gestion des pollutions et protection de l’environnement au sein de l’établissement catholique Ozanam de Cesson-Sévigné n’est pas d’équivalent dans le réseau public.
La situation est pire au niveau de l’enseignement agricole, le réseau public étant réduit au simple rôle « de complémentarité avec les réseaux de formations agricoles Familiales et Rurales ainsi que des lycées agricoles ».
L’année dernière, pour conclure son intervention La FSU émettait le vœu que dans les années à venir, les pouvoirs publics se décident enfin à investir dans la voie professionnelle sous statut scolaire. Visiblement cela reste un vœu pieux.
BRETAGNE